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Architecture

1. Introduction au bâti japonais

Au Japon, les villes sont construites majoritairement en bois, du moins jusqu’au XXème siècle. Ce matériau est hautement périssable et sujet aux incendies (causes naturelles, accidents, guerre…). Disposant de peu d’informations, en comparaison de celles sur l’architecture européenne (la pierre, matériau plus durable, est beaucoup plus utilisée en Europe), la plupart des connaissances sur l’architecture japonaise se trouvent dans des textes écrits par des lettrés appartenant à l’élite. Les détails sur l’habitat modeste sont donc plus rares.
A partir de l’époque de « Muromachi » [室町] (1336–1573), sous l’influence grandissante des maîtres de thés, de grands changements se produisent dans l’architecture. Cette dernière tend vers la simplicité des formes. Ensuite, à l’époque « Meiji » [明治], avec le début de l’occidentalisation, les grands bâtiments officiels se construisent sur le modèle occidental. Mais l’habitat, lui, ne subit pas encore cette influence. Il faut attendre le grand tremblement de terre du Kantô de 1923, la destruction de Tôkyô et Yokohama poussent de nouveaux architectes à adapter la tradition à l’époque moderne, et l’habitat commence son évolution. En effet, des premiers foyers de peuplement néolithiques au Japon de l’ère « Meiji » [明治], les japonais préfèrent le bois et les matériaux souples et « naturels » dans la construction de bâtiments publics, privés et religieux.
Nous pouvons donc voir que le « culte de l’éphémère » prédomine au Japon . En effet, moins attaché que nous à la construction, « les japonais préfèrent pouvoir rebâtir plus facilement plutôt que de restaurer »16. En France, la maison étant un objet patrimonial de forte valeur, celle-ci est construite de façon durable, à la différence du Japon, qui favorise la destruction et la reconstruction du bâti pour la génération future (ceci ne s’applique pas aux temples bouddhistes).
Ainsi, la conception japonaise du patrimoine architectural est très différente de la notre. Contrairement à la France ou l’Europe, il existe très peu d’anciens bâtiments classés au Japon, car seuls les propriétaires peuvent faire la demande de classification.


2. Le bâti traditionnel japonais : la dominance du bois

De l’époque Jômon 縄文 (-8000 à -300) à L’ère Meiji [明治] (1855-1912) le bâti est essentiellement en bois. L’architecture primitive japonaise de hutte (les fameuses Tateana jûkyo [竪穴住居]17), devient de plus en plus technique et raffiné sous l’ère Yayoi 弥生 (-300 à 300 A.P. JC). A cette époque, la production et le commerce du riz dans l’archipel créée les premières distinctions sociales qui se reportent également sur les habitations (les chefs ou les prêtres disposent de grandes et solides maisons).

Ces différents types d’habitations vont donc conditionner toute l’architecture japonaise jusqu’au VIème siècle, période à partir de laquelle l’apport de la civilisation chinoise (d’abord par l’intermédiaire de la Corée puis directement par la Chine) influence nettement les constructeurs. L’influence de la Chine se fait sentir à deux niveaux :
_ La planification et la forme urbaine (en particulier pendant l’ère Heian [平安]). Comme ce fut le cas pour les premières capitales impériales (Nara [奈良], Heian [平安], Naniwa[難波]).
_ La technique de construction et l’esthétisme. Ainsi, les Japonais améliorent et mélangent leurs techniques propres avec les techniques civiles coréennes et chinoises et l’influence religieuse bouddhiste et shinto. Ce mélange leur permet de créer leur propre architecture pour l’édification de temples, de châteaux et d’habitats… .

Les Tateana jûkyo [竪穴住居] sont des habitats nomades en bois datant du néolithique rappelant les tipis indiens par leurs formes et leurs dimensions. Elles tendent à disparaitre au VIème siècle sous l’influence coréenne et chinoise.

Ainsi, à cette époque, une maison japonaise traditionnelle est un compromis entre « vide et plein » et « pièces claires et pièces sombres ». La perspective prend alors une place plus prépondérante que dans nos maisons européennes. En effet, une maison est bâtie à partir d’une longue surface plane de parquet surélevée, sur laquelle sont disposés des tatamis [畳]. Des poutres soutiennent un toit double pente d’ardoise ou de bois très lourd pour stabiliser la maison des secousses sismiques. Le pourtour de la maison, lui, est bâti en matériaux souple et léger, comme des fusuma [襖] (panneaux coulissants opaques marquant la limite entre l’intérieur et l’extérieur de la maison). Ces fusuma s’opposent aux akari shôji [明り障子] qui délimitent les différentes pièces de la maison.


Intérieur d'une maison traditionnelle japonaise.
Source : www.nihonzen.fr


3. L’ère Meiji : Le début de l’occidentalisation japonaise et l’introduction de la maçonnerie

Avec l’incursion américaine de l’Amiral Perry en 1855 et le début de l’occidentalisation au Japon, les japonais découvrent la technologie occidentale et son art de
bâtir. Les bâtiments administratifs alors construits, s’inspirent des constructions occidentales soit de la maçonnerie pour les murs et des fenêtres en verre pour les ouvertures (Bank of Japan à Ôsaka, la gare de Tôkyô à Tôkyô). Après le Grand séisme du Kantô de 1923, la reconstruction préconise l’emploi à outrance du béton armé à armature métallique ignifugée. Les villes alors se diversifient avec un habitat en bois traditionnel et un autre en béton moderne. Ce pendant les bâtiments en béton ou en maçonnerie sont des bâtiments officiels ou administratifs.

4. La maison d’après guerre : de la rupture avec le passé au début de la standardisation immobilière

Après une évolution lente ou quasi inexistante de la maison traditionnelle japonaise, cette dernière semble n’être aujourd’hui plus qu'un vague souvenir. En effet, après guerre, les profondes et rapides transformations de l'habitat traditionnel japonais, accompagnées de l'apparition de nouveaux types de logements individuels ou collectifs, entraînent une indéniable évolution du mode d'habiter traditionnel dans les métropoles japonaises.
Dans les années 30, des travaux théoriques présentant une observation fine du mode d'habiter dans les maisons des grandes agglomérations urbaines du monde, sont publiés. Ces derniers ébranlèrent la conception japonaise de l’urbanisme. En effet, ces rapports contredisaient l'originalité et la qualité des principes fondamentaux de l'architecture domestique japonaise. Ils étaient pourtant à cette époque encensés par de nombreux architectes du mouvement moderne. Ensuite, l’introduction après guerre du lit, de la chaise et de la table occidentale, sur l’archipel, pousse les japonais à moderniser leur habitat.
De plus, dans un souci d’hygiène, l’habitat se dote de diverses pièces. En effet la maison traditionnelle japonaise était composée de seulement une ou deux pièces dans lesquelles ses habitants vivaient, cuisinaient, mangeaient et dormaient.
Enfin, les longs débats lancés après 1945 sur la définition de la nouvelle politique urbaine et d’habitat, poussèrent les décideurs japonais à bannir tout élément rappelant le féodalisme japonais antérieur à Meiji. (Chôji, Fusuma, Futon…). Ainsi, dans ce mouvement de transformations, les maisons japonaises tendaient à s’occidentaliser.

Avec la reconstruction des grandes métropoles japonaises, suite aux bombardements américains, et le prix « dérisoire » des constructions standardisées, collectives ou individuelles surnommés « 2DK » (soit 2 chambres à coucher, D pour « Dining » et K pour « Kitchen »), l’architecture urbaine japonaise se transforme. Celle-ci est alors spectaculaire, notamment avec l’émergence de l’habitat collectif.

Historiquement, l’habitat collectif (en japonais dôjunkai (土旬階)) est apparu après le séisme du Kantô qui frappa Tôkyô et Yokohama en septembre 1923. Ces premiers logements sociaux visaient à reloger les victimes du séisme. De plus, ces dôjunkai ont permis de démocratiser l’usage du béton armé qui sera dès lors employé pour de nombreux habitats individuels ou collectifs.

Le passage spectaculaire et rapide du bois au béton dans la construction des maisons a été impulsé par le Code de Construction, introduit par la Building Standard Law de 1950. En effet, cette loi (qui sera développée dans le chapitre suivant) imposa aux bâtisseurs de construire des maisons individuelles en bois (aujourd'hui plus de 500 000 maisons individuelles sont construites en bois chaque année) capables de résister aux secousses sismiques et non plus de les absorber. Pour répondre à ces nouvelles attentes, la solution technique retenue (par les organismes de crédits publics au logement notamment) fut de rigidifier les structures et d'augmenter le nombre de piliers et de murs pleins.
Alors que la structure traditionnelle : « poteaux-poutres » autorisait la mobilité des partitions. L'utilisation du béton armé, ainsi que les procédés de préfabrication lourde (pour la construction des logements collectifs) ont entraîné l'augmentation du nombre des murs pleins dans les espaces à vivre.
Ces constructions sont donc des bâtiments en quadrilatère parfait, proches de la forme carrée avec un ou deux étages. De plus, ces maisons sont accolées et très souvent dépourvues de jardin. La toiture est soit en toit plat bétonné soit en pente et couvert d’ardoise.

5. Le bâtiment résidentiel actuel : le retour aux sources ?

La sensibilisation de la population aux enjeux environnementaux… de ces dernières décennies a marqué une évolution dans l’art de bâtir au Japon. En effet, on assiste à un « retour aux sources » avec le retour du bois comme matériau de base pour la construction. En effet, le dernier recensement public du MoLIT ou Ministry of Land, Industry and Transport japonais nous révèle que 97% du parc immobilier japonais est en bois.

Dans leurs grandes étapes de construction, les habitats individuels récents sont édifiés sur une parcelle qui sera la surface habitable sur laquelle les ouvriers réalisent des fondations en maçonnerie plus ou moins profondément ancrées dans le sol. De ce soubassement, des colonnes de bois sont montées. Ces colonnes sont ensuite couvertes de panneaux en « Isorel ». Enfin, les façades qui composent l’habitat sont recouvertes d’une fine plaque bétonnée imitant la brique.

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Commentaires (1)

1. Amandine BUISSON 31/12/2011

Très bon article. Cependant, avez vous des informations sur les reconstructions immobilières au Japon après l'intervention d'un séisme ?

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